PEINTURE OU ARCHI-PEINTURE ?
Hall d'entrée de la Bibliothèque de l'ONU à Genève
Garde, dragon protecteur de la connaissance
Bibliothèque de l'ONU à Genève
Huit questions à Maître Bustamante
Oeuvres d'Antonio Bustamante
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PEINTURE, ARCHI-PEINTURE ?
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L'architecture est-elle l'antichambre de l'art ? On a parlé d'archi-texte, d'archi-sexe, faut-il parler d'archi-peinture ?
D'un point de vue historique, l'antichambre de l'art est l'artisanat.
Notre espèce a d'abord élaboré des objets pour une survie nomade.
L'espace construit obéit à une position sédentaire qui nécessite plus qu'une habileté manuelle ; un développement psychique élaboré.
Dès qu'on a su construire un espace protecteur, on a voulu l'habiller, l'ornementer, lui donner une forme qui n'appartenait qu'à soi.
Ce furent les colonnades égyptiennes, plus tard la Chapelle Sixtine, qu'on pourrait inscrire dans l'archi-peinture.
Avant la Renaissance, il n'y avait que de l'archi-peinture, un art qui collait à la réalité tout en voulant la transgresser.
Archos c'est le commencement en grec, le début.
L'archi-peinture est au commencement de toute création artistique.
Par la suite, la peinture indépendante entendit, sur la base de l'expérience acquise, valoriser l'esprit de création, l'abstraire de tout système établi.
Elle fut libératrice.
A l'image de l'imprimerie par rapport au livre manuscrit, on multiplia la connaissance, les images, non plus en les copiant mais en les multipliant.
Les monastères jouèrent ce rôle de copiste puis de multiplicateur, la peinture n'étant plus archi-peinture mais celle qui interpelle le divin dans sa représentation légendaire.
Aujourd'hui, l'archi-peinture comme l'archi-sculpture ne sont pas en bonne santé.
Chaque forme d'art s'occupe de son domaine, de son métier.
Le rationalisme de Descartes et de Malebranche a inscrit toute forme de représentation artistique dans l'irrationnel alors que nous savons bien que la tendance architecturale cherche avant tout l'économie de moyens.
Il aurait été plus judicieux d'appeler cela l’économicisme, un taylorisme artistique qui ne doit rien à la raison.
Par delà la raison et la déraison, l'intelligible et le sensible, l'architecture s'est détournée de la dialectique pour penser ses propres formes et les adapter à l'homme.
Less is more est un concept réformiste.
Son contraire Moins, c'est simplement moins, est un concept anti-réformiste.
Nous devrions appeler le rationalisme réformisme économiciste.
L'archi-peinture et l'archi-sculpture font partie du contre réformisme ou art de Trento.
Antonio Gaudi, le concepteur de la Sagrada Familia à Barcelone, est l'exemple du contre réformisme, tandis que Ludwig Mies van der Rohe, l'architecte du Crown-Hall de Chicago, est celui du réformisme.
Pour répondre clairement à la question, je dirais qu'il faut en effet parler d'archi-peinture quand la peinture s'incorpore à l'architecture pour rendre un espace plus compréhensible à l'utilisateur.
C'est le cas du Cyberespace que j'ai conçu à la Bibliothèque de l'ONU à Genève où j'ai voulu que les images picturales et les formes sculpturales essaient d'expliquer ce que veut dire cet espace, les valeurs qu'il véhicule, les objets qu'il héberge, les informations qu'il porte.
Le code d'Hammurabi que j'ai inscrit dès le hall d'entrée avec le code barre de la déclaration universelle des droits de l'homme, les gardes que j'ai postés, les dragons protecteurs de la connaissance, tous entendent survoler les documents et livres de la bibliothèque, les informations disponibles sur Internet, les media qui s'imposent à notre communication.
C'est une archi-peinture qui magnifie l'archi-texte à l'image de l'horloge surréaliste qui se moque de la rigidité du temps tout en observant cette même rigidité.
Elle refuse de donner l'heure en dehors des heures d'ouverture de la bibliothèque.
Contrairement aux montres molles de Salvador Dali, l'horloge de la bibliothèque devient plus dadaïste que le dadaïsme lui même, au bout d'une extrême rationalité.
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