Cervantes et Rembrandt associés pour représenter le monde, les maîtres de l'art et de la pensée sont-ils des références plus absolues que l'homme au quotidien ?

      LES MAITRES DE L'ART ET DE LA PENSEE



MAITRES DE L'ART ET DE LA PENSEES, REFERENCES ?

Le notable maya tombe amoureux
d'une danseuse thaïlandaise

Le notable maya tombe amoureux d'une danseuse thaïlandaise

Tête de notable maya

Tête de notable maya



Prince maya

Prince maya

Frans Banning Cocq
le capitaine tout-puissant

Frans Banning Cocq, le capitaine tout-puissant

Frans Banning Cocq
capitaine obscène

Frans Banning Cocq, capitaine obscène

2500 ans plus tard Hammurabi
met les points sur les i
au dieu Soleil

2500 ans plus tard, Hammurabi met les points sur les i au dieu Soleil

L’ayatollah

L’ayatollah

Un majo

Un majo

Sorcière

Une sorcière


Tu sembles fasciné par la science comme concept à l'état pur. Einstein est une figure de ton oeuvre. Faut-il voir dans les démiurges de la science comme Copernic, Galilée, Kepler et Einstein les grands inspirateurs scientifiques de la représentation artistique ?



Après la science conceptuelle, la technique appliquée voire défigurée. Qui est l'homme déconnecté ? La descente aux enfers de l'homme par la technique ou la création imaginaire d'un être nouveau ?



Tu sembles avoir un goût pour la dérision, la dérivation, la déformation. Tu fais s'entrechoquer les cultures. Tes oeuvres sont-elles un langage de la dérive de la société actuelle, la manifestation d'un présent qui n'a de sens que s'il est embouti, cassé, désorienté, voire reconfiguré et rassemblé à nouveau ?



Oeuvres d'Antonio Bustamante

MAITRES OU HOMME DU QUOTIDIEN ?

Les maîtres de l'art et de la pensée sont-ils des références plus absolues que l'homme au quotidien ?


Tes oeuvres ont l'air de vouloir raconter des histoires en mélangeant les cultures les plus universelles. Cervantes et Rembrandt se trouvent associés pour représenter le monde. Les maîtres de l'art et de la pensée sont-ils des références plus absolues que l'homme au quotidien ?



Le mélange des cultures peut nous faire bénéficier d'une synergie enrichissante. Tu as raison, j'aime ce genre de potage. Parmi mes travaux, certains titres sont explicites : Cacique enamorado de bailarina Tailandesa, Le notable maya tombe amoureux d'une danseuse thaïlandaise. Confronter les Mayas et les Thaïlandais, ce n'est pas fréquent. Il est parfois difficile de se soustraire à l'influence des arts qui, même s'ils appartiennent à des cultures qui nous semblent étranges, nous interpellent d'une façon très directe. Je pense notamment aux estampes japonaises ou à la calligraphie chinoise. L'art précolombien peut être une source d'inspiration, vu depuis la culture post industrielle. Je veux te montrer mon Prince Maya construit avec des matériaux industriels et post industriels. J'essaie de saisir le geste qu'on peut trouver sur les images anciennes et démontrer que ce geste, cette idée, peut aussi habiter maintenant un tas de ferraille. Ce travail a également pour objet et défi de rappeler que la ferraille elle-même a une certaine noblesse.


L'homme au quotidien n'est pas facile à lire. Quand je reprends ce que Rembrandt van Rijn a écrit dans ses personnages de La ronde de nuit, je ne prends pas Rembrandt comme référence, mais ses personnages, son écriture. Ils sont pour moi comme une nourriture prédigérée que certains oiseaux donnent à manger à leurs petits. La relation psychosociale entre le capitaine et le lieutenant a été magistralement décrite par Rembrandt. Je ne fais qu'apprendre une leçon du maître. Mon seul mérite est de mettre en relief le secret que le maître n'a fait qu'esquisser et que l'élève que je suis entend développer, à savoir l'harcèlement sexuel du capitaine sur le lieutenant. Rembrandt nous le dévoile en inscrivant l'ombre de la main gauche du premier qui se projette de manière obscène sur le sexe du second. En réalisant ces copies qui manquent quelque peu de respect, je donne l'impression d'ajouter des contes au sein d'un grand roman, comme Cervantes l'a fait avec le Quijote de la Mancha.


La réinterprétation que j'ai faite du code d'Hammurabi, avec des déchets de menuiserie, est un autre exemple du mélange des cultures. Dans le vrai code, comme tu sais, Hammurabi veut faire croire aux gens que ses lois lui sont dictées par le dieu du Soleil de Mésopotamie, Shamash, également divinité de la justice. Dans mon travail, il sait qu'on ne peut croire à ce baratin à la Moïse. Il met les points sur les i au discours du dieu Soleil. Il discute les conditions de ce qui sort de la bouche du dieu. Sa propre prise en main, que cette discussion montre, n'est possible que dans une civilisation athée. Avec l'apparition de l'athéisme, on précise et on accepte l'idée que les dieux n'existent pas en tant qu'entités réelles et qu'ils sont l'invention de l'esprit des hommes, donc difficilement éliminables. C'est à partir de cette idée qu'Hammurabi négocie les conditions d'existence des dieux pour que son peuple établisse des liens religieux et de croyance avec eux. Cette idée d'exiger des dieux un cahier des charges appartient à la culture industrielle avancée, ce que je fais en utilisant des déchets de menuiserie avec lesquels je copie le vrai code qui, lui, est au Musée du Louvre en pierre de basalte. D'une hauteur de 2,5 mètres, la stèle qui daterait de 1750 avant J.-C. est mise en corrélation avec mon Hammurabi qui en constitue la dérision athée.


Le traitement de sujets appartenant à des cultures lointaines est utile quand elle vient en comparaison avec les inconvénients de notre civilisation. Tu sais, c'est plus facile de voir la paille dans l'oeil d'autrui. Mais, si cette paille dans l'oeil d'une culture différente de la nôtre est peinte avec des éléments de notre propre culture, on sait mieux partager les inconvénients qu'on voit chez autrui. Cet inconvénient nous appartient aussi. C'est le cas avec mes ayatollahs réalisés avec des éléments de l'ère informatique qui appartiennent à notre culture de tous les jours. Chez nous, les gens à mentalité rigide et autoritaire ne manquent pas.


J’ai appris que la mémoire antérieure se garde longtemps dans le cerveau parce que les petits objets biologiques qui contiennent les souvenirs se font cloner avant de disparaître par vieillissement. Eh bien, les interprétations et réinterprétations que nous faisons des oeuvres du passé jouent le même rôle que ces neurones qui clonent leurs petits paquets de mémoire. La seule différence, c'est que le clone est une image déformée de l'original. Pire ou meilleure, mais différente. L'amour impossible du prince maya et de la danseuse thaïlandaise en est l'exemple le plus absolu. Ce tableau n'a rien à voir ni avec les anciens mayas ni avec la Thaïlande. Mais, il ne pourrait pas exister sans le métissage incohérent de ces deux cultures.



Deuxième question à Maître Bustamante         Quatrième question à Maître Bustamante


Huit questions de Pierre Pelou à Maître Bustamante
Rembrandt Amsterdam   |   Belize Mayas   |   Chien sacré des Aztèques   |   Relations psychosociales   |   Mésopotamie   |   1'700 av. J.-C. en Crète

Référencement, positionnement de Cerventes et Velazques