Cervantes et Rembrandt associés pour représenter le monde, les maîtres de l'art et de la pensée sont-ils des références plus absolues que l'homme au quotidien ?

  ART MUSE DE LA SCIENCE MUSE DES ARTS



SCIENCES ET ARTS
INTERACTIVITE CREATIVE


Oeuvres d'Antonio Bustamante



Huit questions à Maître Bustamante



Le Nu descendant l'escalier

Le Nu descendant l'escalier



Las Meninas

Las Meninas



Ronde de nuit

Ronde de nuit



Après la science conceptuelle, la technique appliquée voire défigurée. Qui est l'homme déconnecté ? La descente aux enfers de l'homme par la technique ou la création imaginaire d'un être nouveau ?



Tu sembles avoir un goût pour la dérision, la dérivation, la déformation. Tu fais s'entrechoquer les cultures. Tes oeuvres sont-elles un langage de la dérive de la société actuelle, la manifestation d'un présent qui n'a de sens que s'il est embouti, cassé, désorienté, voire reconfiguré et rassemblé à nouveau ?



L'oiseau fait figure d'animal fétiche dans tes oeuvres. Est-ce l'oiseau de la culture (Braque), celui de l'art (Léonard de Vinci) ou celui de la psychanalyse (Freud, Binswanger) ?

ARTS DEMIURGES DES SCIENCES ?

Enoncé du principe de Heisenberg


Tu sembles fasciné par la science comme concept à l'état pur. Einstein est une figure de ton oeuvre. Faut-il voir dans les démiurges de la science comme Copernic, Galilée, Kepler et Einstein les grands inspirateurs scientifiques de la représentation artistique ?



Non, pas toujours. Parfois, c'est même le contraire qui se passe : on dirait que c'est l'art qui inspire la science.


Je n'arrive pas à imaginer comment dans la tête de Picasso ou de Braque aurait pu rentrer la relativité. Je ne suis pas sûr qu'ils étaient au courant du principe d'incertitude de Heisenberg. Toutefois, le cubisme ne fait-il pas appel à ces concepts scientifiques ? Ce qui est frappant, c'est que les cubistes se soient inspirés de sculptures africaines produites par des cultures qui n'avaient rien à faire avec la relativité.


Les découvertes scientifiques ne sont pas toujours la source d'inspiration des arts visuels. Elles peuvent aider à expliquer, comme c'est le cas pour la relativité et le cubisme, qu'une tendance artistique nouvelle répond au même état d'esprit, à la même préoccupation, au même moment peut être, qu'une découverte scientifique. Plus sérieuse, la science donne sa validité à la nouveauté artistique.


La peinture abstraite nous a appris à regarder les images des galaxies et des microorganismes. Personne ne l'aurait imaginé avant la mise au point des télescopes et des microscopes au XXème siècle. On peut se demander, dans ce cas, si ce ne sont pas les images des appareils scientifiques qui ont inspiré les artistes. Un exemple clair où l'on voit la science faire chavirer les arts visuels, c'est quand la photographie fut inventée. Cela n'avait plus de sens de continuer à copier à la main ce que la machine faisait mieux. Il y eut une perte d'intérêt de l'art visuel et de ses prétentions au réalisme imitateur. Un nouveau pinceau vint, en outre, s'ajouter aux outils de l'artiste visuel. Ce furent les magnifiques travaux d' Eadweard Muybridge et d'Etienne-Jules Marey, parmi d'autres photographes moins connus mais à l'époque tout aussi méritoires. Ces images ne peuvent être regardées ni d'un oeil purement scientifique ni d'un oeil purement artistique. Le Nu descendant l'escalier que Marcel Duchamp peint en 1912 n'aurait jamais existé sans les analyses photographiques de Muybridge, réalisées plus de trente ans auparavant. Le futurisme ne peut-il être interprété comme un geste désespéré de l'art pour ne pas rater le train très rapide de la science et de la technique ?


Ce qui à mon avis est le plus intéressant dans cette relation entre art et science, que tu évoques, ce sont les cas où manifestement l'art s'est avancé, comme l'a fait Velázquez dans sont tableau Las Meninas, sur la question très moderne de l'impossibilité de considérer une chose telle qu'elle est. Notre regard change toujours, en effet, ce qu'est la chose regardée. Je sais qu'on a beaucoup écrit à propos de ce tableau qui apparaît dans le tableau, comme un objet fractal. Le concept mathématique de fractal est apparu en 1975. Las Meninas est daté de 1656. Mais, ce n'est pas ce détail qui fait de ce tableau un monument de l'indétermination, c'est le manque de définition sur qui regarde quoi ainsi que l'impact du regard sur l'objet regardé. Je ne connais pas une déclaration d'incertitude plus évidente avant cette date. Dans La Ronde de nuit qui date de 1642, Rembrandt prétend nous faire croire que la compagnie d'opérette du capitaine d'opérette Frans Banning Cocq a été surprise par l'oeil de quelqu'un d'invisible qui n'apporte aucun changement dans l'attitude des personnes représentées dans le tableau.


Velázquez au contraire nous dit que c'est lui qui est en train de regarder les rois qui rentrent dans le studio et contemplent à leur tour le groupe qui accompagne l'Infanta. Le regard des rois a fait changer l'attitude de certains des personnages du groupe. La none, le nain et la Menina à droite de l'Infanta n'ont pas eu le temps de réaliser la présence des rois. Cela fait aussi changer l'attitude du personnage qui, au fond de la salle, s'est arrêté entre la 2ème et la 3ème marche de l'escalier qu'il est en train de monter. Les rois reflétés dans le miroir sont les spectateurs du tableau qu'ils regardent et, comme la science du XXème siècle l'a découvert, ces spectateurs font partie du sujet observé. Le désir de ne pas faire partie du tableau qu'on regarde m'a fait analyser Las Meninas en les copiant sur papier avec des rondelles d'oignon desséchées. Je pars de l'espoir que tout se trouve partout, n'importe où. Avec les oignons desséchés, il ne reste que la danse des formes qui ne se réfèrent qu'à elles-mêmes et que tu peux regarder du dehors.


Il est juste de rendre hommage au peintre, Bernardino Licinio probablement, qui aux alentours de 1530 a réalisé un autoportrait en montrant comment la chose est faite, en interposant entre lui même et le miroir un ami qui regarde le miroir. Je vois dans ce tableau autant de relativité que dans le cubisme. Le compas que l'ami tient dans la main me suggère qu'il s'agit d'un architecte qui travaille sur un lutrin. Ce personnage renforce le sujet "géométrique" du tableau : les lois de la réflexion.





Troisième question à Maître Bustamante         Deuxième partie de la quatrième question



Huit questions de Pierre Pelou à Maître Bustamante

Palais d'Abomey   |   Images de presse   |   Hôtel Paris   |   Au pays de Velázquez   |   Aux origines de Rembrant   |   A la rencontre de Licinio

Référencement, positionnement des muses